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Data: 1995eko urtarrila

Présentation

Traduction: Nahia Zubeldia

Avant tout, nous devons à nos lecteurs une explication sur le retard de ce numéro. Cette explication n’est autre que la situation de l’École de Traducteurs de Donostia-San Sebastián, principale responsable et moteur de cette revue. En effet, elle a une fois de plus passé l’année à faire tout son possible, mais en vain. Bien que sa nécessité ait largement été reconnue, on ne lui a encore donné aucune solution réelle. Le nombre d’enseignants s’en trouve considérablement réduit, rendant quasiment impossible la prise en charge de tâches supplémentaires assumées jusqu’à présent (cette revue, entre autres). Cependant, pour au moins une année encore, l’École de Traducteurs de Donostia continuera d’exister, grâce à la volonté, à la force et à l’obstination de ses élèves et enseignants. Par conséquent, cette revue, condamnée, semble-t-il, à subir les aléas de l’École de traducteurs, existera, elle aussi, un an de plus.

Quant aux contenus de ce numéro, ils concernent de manière quasiment monographique le rôle que doit avoir la traduction dans l’enseignement des langues. Ce numéro, bien que double, n’épuise pas le sujet, d’autant plus fructueux que, dans un pays comme le nôtre, les avis à explorer et à analyser sont nombreux.

En effet, plusieurs phénomènes sont frappants dans notre contexte :

Premièrement, il ne faut pas oublier qu’il y a quelques années encore, l’enseignement ne jouait pas un rôle important dans la transmission de la langue basque ; ou, plutôt, que l’enseignement avait un rôle négatif évident dans la transmission de la langue basque, puisque la langue, reçue par transmission familiale, était très fréquemment entravée et oubliée en raison d’un enseignement exclusivement français ou espagnol. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas dire que la situation soit à l’opposé, mais, toutefois, il est évident que l’apprentissage de la langue par l’enseignement a une influence capitale dans la pérennité et la diffusion de la langue basque. En effet, d’une part, l’euskara occupe aujourd’hui une grande place dans l’enseignement des enfants, et nous espérons que sa place sera encore bien plus importante dans les années à venir. D’autre part, l’enseignement du basque aux adultes contribue également beaucoup à faire évoluer la situation linguistique actuelle : personne ne remet en cause le poids des institutions publiques ou semi-publiques telles que HABE ou AEK, ne serait-ce que pour créer des postes, en cette période où la création d’emplois est loin d’être négligeable. Ce que nous voulons dire, en un mot, c’est que l’enseignement linguistique formel, en particulier celui de la langue basque, est aujourd’hui l’une des entreprises les plus importantes de ce pays, dans tous les sens du terme. De ce fait, notre pays a relevé un grand défi en prenant en charge cette tâche, et il devra surveiller à la loupe tout ce qui touche de près ou de loin à l’enseignement des langues –de la langue basque-, pour tirer de son investissement le bénéfice mérité.

C’est pourquoi il faut être très attentif à tous les évènements qui concernent l’enseignement des langues. Et aujourd’hui, notamment là où la traduction était le plus écartée –rejetée ?- de l’enseignement, c’est-à-dire, en France et en Allemagne, la traduction reprend sa place, dans le contexte du renouvellement de la didactique des langues. D’autre part, de nos jours, tous ceux –ou quasiment- qui parlent basque maîtrisent également l’espagnol ou le français. Malheureusement, on fait très souvent l’amalgame entre le fait d’être bilingue et le fait d’être traducteur ; nous l’avons souvent rapporté dans cette revue. Mais dans une société bilingue, il arrive souvent à un bilingue de devoir vêtir l’habit de traducteur ; tellement souvent, que cette situation peut amener à multiplier les interférences entre les langues, au détriment de leur connaissance autonome.

La société dans laquelle nous vivons –nous l’avons souvent dit aussi dans les pages de cette revue- est destinée à devenir bilingue ou plurilingue dans les prochaines années. Il ne peut y avoir aucun doute à ce sujet.

Malgré cela, rares sont les efforts en faveur de l’enseignement des langues nécessaires dans notre pays –celles appartenant proprement à la société bilingue et les autres- ensemble, de manière unifiée, parallèlement à leur réalité. En effet, les langues sont enseignées individuellement, alors même qu’elles n’existent pas individuellement. On laisse donc à l’élève la tâche de construire des ponts entre les langues ; et même si les méthodes d’enseignement ferment les yeux, ces ponts existent, et se construisent d’une façon ou d’une autre. Au bout du compte, cette habileté de passage d’une langue à l’autre correspond à la compétence de traduction, puisqu’il s’agit de tisser, par des allers-retours entre deux langues, l’étoffe du bilinguisme, à travers les fils de la signification du message.

Cette petite bribe de fil que nous avons construite ici doit encore s’étendre longuement, pour le bien de l’enseignement de la langue basque.


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